RAPHAëL ZARKA

Raphaël Zarka est en résidence de septembre 2005 à septembre 2008.

Raphaël Zarka travaille comme le « curieux » qui rassemble à l’intérieur de son cabinet les bases d’un véritable monde en miniature. Nostalgique d’un temps où créer et découvrir étaient encore synonymes, l’artiste place en exergue de sa pratique une phrase qu’il emprunte à Borges : « C’est presque insulter les formes du monde de penser que nous pouvons inventer quelque chose ou que nous ayons même besoin d’inventer quoi que ce soit. » Figer le mouvement et découper le monde sont des activités étranges, aussi les sujets que Raphaël Zarka s’autorise à photographier se donnent comme autant de natures-mortes naturelles, d’images toutes-faites. Il collectionne des objets en béton perdus dans la nature ou sur un terrain-vague et ces formes géométriques, plus ou moins reconnaissables, nous posent toujours la question de leur usage. Elles sont à l’écart, en attente, au repos. Aussi abstraites soient-elles, les formes du repos n’excluent jamais l’imaginaire, sourdes, elles n’en sont pas pour autant muettes. Quand l’objet s’étend et devient espace, Raphaël Zarka change de médium et le documente en suivant la circulation d’un personnage : pentacycliste, chien ou minotaure à tête de sculpture. Ces espaces, ces pistes abandonnées de toute activité, sont en quelque sorte des fossiles du mouvement à l’échelle du paysage. Proche en cela de Robert Smithson, l’artiste a régulièrement recours au texte, sous des formes aussi variées que l’entretien, le récit ou l’essai. (Albert Asthom)


quelques travaux vidéos

- PENTACYCLE (en collaboration avec V. Lamouroux) 2002, 6’40

La voie de l’Aérotrain est un fragment, à l’écart du continuum béton-goudron de nos villes. C’est à la fois un objet gigantesque et un espace autonome. Ce tronçon de 18 km de long servait aux essais de l’Aérotrain de l’ingénieur Bertin, un véhicule sur coussin d’air dont les tests ont été réalisés au début des années 70 puis abandonnés faute de débouchés commerciaux. Dans les années 60, Lawrence Alloway remarquait à propos de l’imaginaire technologique que le demain d’hier ne correspond jamais au jour présent (« yesterday’s tomorrow is not today »). L’histoire de l’Aérotrain justifie cette équation, et le rail de l’Aérotrain reste le seul témoin d’un chevauchement de temps hétérogènes. Cet espace de mise en mouvement physique, aujourd’hui abandonné, s’est transformé en espace de mise en mouvement de l’imaginaire. Le Pentacycle est un véhicule-objet permettant de voyager exclusivement sur le monorail de l’Aérotrain. D’une extrémité à l’autre, le trajet du Pentacycliste, a permis de filmer le rail et la diversité des paysages qu’il traverse (champs, forêts, zones industrielles, zones pavillonnaires…). (Albert Asthom)

- ROOLER GAB 2004, 7’

Les objets et les espaces que filme ou photographie Raphaël Zarka sont des parcelles d’urbanités isolées comme les mots dans un dictionnaire. Après le Pentacycle, un véhicule s’adaptant au rail de l’Aérotrain qui parcourt la Beauce sur 18 km, il s’est intéressé à une nouvelle utopie concrète : une descente en lacets avec virages relevés qui n’est rien d’autre qu’un skatepark construit sur une colline que les rares usagers remontaient à l’aide d’un tire-fesses. Le rail de l’aérotrain est tout en contraste avec le paysage de la Beauce, vertical, séparé. La piste de Durfort entretient avec la garrigue une relation tout autre, horizontale, où l’urbain finit par se mélanger avec la nature. Le Pentacycle, par son étrangeté, mettait en évidence cet état de contraste. Le chien de la vidéo Rooler Gab suggère la continuité de deux espaces traditionnellement irréconciliables : la nature et l’urbain. Il trouve son chemin sans distinguer l’un de l’autre. (Albert Asthom)

- CRETTO 2005, 6’30

Le Cretto est une sculpture monumentale du peintre Alberto Burri construite dans les années 80 et demeurée inachevée. Elle recouvre les ruines du village de Gibellina (Sicile) rasé par un tremblement de terre. Le Cretto est un labyrinthe de béton géant, un réseau de craquelures devenues les ruelles d’un étrange village. Pour documenter le site, présence physique de la fiction au sein du réel, Raphaël Zarka suit la déambulation d’un personnage aveuglé par un étrange casque rouge brique, modèle réduit d’une sculpture de l’artiste. (Albert Asthom)


Contact Raphaël Zarka  contact http://www.laplanck.com


Légende photo : Les formes du repos #1, tirage lambda 53x80cm, 2001